mai 15, 2026

La Nakba dans l’ordre international

Palestinian man in a refugee camp

Ce que la domination coloniale en Palestine révèle de l’ordre libéral international d’hier et d’aujourd’hui.

L’ordre multilatéral d’après- Second Guerre Mondiale: développé par et pour l’empire

Pour une grande partie du monde occidental, les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale sont largement associées à la naissance des Nations unies, à la Déclaration universelle des droits de l’Homme et aux procès de Nuremberg. Mais pour les pays du Sud Global, la période 1945-1948 a marqué la poursuite et la restructuration de la domination coloniale.
Alors que l’ordre juridique d’après-guerre s’établissait, les puissances coloniales occidentales ont rédigé des cadres juridiques relatifs aux droits de l’Homme et relations entre Etats tout en menant des génocides, des épurations ethniques et des occupations en Palestine, en Algérie, au Congo, en Inde et au-delà.

L’intention était claire: construire un cadre légal international qui préserverait les intérêts coloniaux. La quatrième Convention de Genève (1949) a été conçue pour réglementer la violence coloniale plutôt que pour y mettre fin. Parallèlement, la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948), rédigée par des intellectuels européens et nord-américains, a mis l’accent sur les droits individuels tout en écartant les droits collectifs au cœur des luttes anticoloniales : autodétermination, souveraineté, libération, restitution des terres et justice économique.

Ainsi, les différentes catastrophes de ces années-là ne furent pas des anomalies, mais le résultat direct de l’impunité coloniale; des violences invisibilisées et déformées par le récit historique dominant.

1948: Officialisation du régime d’apartheid en Afrique du Sud

Le Parti National, bras politique des colons venus d’Europe, a divisé et restreint l’accès aux zones urbaines en fonction de la race, entraînant l’expulsion violente de milliers de métis, de Noirs et d’Indiens, ainsi que la création des bantoustans. Il a également réglementé les interactions sociales, notamment en interdisant les mariages interraciaux, et contrôlé l’accès aux services sociaux tels que l’éducation.

1947–1948: La partition entre l’Inde et le Pakistan

Le Royaume-Uni a mis fin à son régime colonial à la hâte, déclenchant un processus violent en toute impunité. Quinze millions de personnes ont été déracinées et deux millions ont été tuées. Certains soldats et journalistes britanniques qui avaient été témoins des camps de la mort nazis ont rapporté que les brutalités de la partition étaient pires. À ce jour, cet horrible épisode est peu connue en dehors de l’Asie du Sud.

1947–1948: La partition de la Palestine et la Nakba

À la suite de la partition de la Palestine, encouragée par le soutien colonial européen au projet sioniste et validée par les États membres de l’ONU de l’époque et sans l’assentiment des Palestinians, les forces sionistes lancèrent une offensive militaire massive.
Les brigades sionistes ont commis plus de 70 massacres et rasé plus de 500 villages et villes. On estime à 15 000 le nombre de Palestiniens tués.
800 000 Palestiniens ont été chassés de force de leurs terres, sans aucune possibilité de retour à ce jour.
Environ 4 244 776 acres de terres palestiniennes ont été spoliées à cette époque.
Environ 70 000 livres palestiniens ont été systématiquement pillés, puis en grande partie détruits.

L’alliance Etats-Unis-Sionisme

Alors que la Nakba en Palestine et la partition entre l’Inde et le Pakistan marquaient toutes deux une stratégie de sortie pour un Empire britannique en décomposition qui n’a jamais été tenu pour responsable, le colon sioniste est devenu le mandataire de Washington en Asie du Sud-Ouest.
Les États-Unis ont saisi cette occasion pour étendre leur hégémonie dans la région, sécuriser les routes pétrolières, contenir l’influence soviétique et créer un avant-poste militaire. Les États-Unis sont devenus le principal protecteur d’Israël, lui apportant un soutien militaire et diplomatique inconditionnel qui a transformé le Conseil de sécurité de l’ONU en un outil permettant la domination.

Cette alliance a démontré à quel point la puissance impériale repose sur le maintien de dépendances coloniales: Israël ne pourrait exister en tant que puissance occupante sans le soutien des États-Unis, et l’hégémonie américaine avait besoin d’Israël comme bras armé dans la région.

La rupture actuelle: les deux poids deux mesures mis à nu

Les tactiques génocidaires du régime colonial Israélien à Gaza (surnommées « la doctrine de Gaza » et également déployées au Liban) ont mis à nu les deux poids deux mesures flagrants et les failles des principales institutions multilatérales, du droit international et du paradigme des droits humains. Ces instances se sont révélées incapables de mettre un terme à de tels crimes et à leurs auteurs; au contraire, elles en sont devenues complices.
Les menaces nucléaires ont également révélé l’insuffisance des traités de non-prolifération: l’Iran est bombardé, sanctionné et soumis à un blocus bien qu’il ne dispose d’aucune arme nucléaire, tandis que le seul régime de la région possédant des armes nucléaires non déclarées (le régime israélien) perpétue une violence sans contrôle.

Cela révèle la contradiction fondamentale de l’ordre international actuel: il prétend être fondé sur des règles mais fonctionne en réalité par la domination et la partialité.

Ce moment de prise de conscience et de changement

Les catastrophes passées, y compris la Nakba que nous commémorons cette semaine, continuent de façonner fortement le présent et l’avenir des peuples qu’elles ont affectés.

Dans l’ensemble du Sud Global, les peuples et les gouvernements reconnaissent de plus en plus que le système international d’après- Seconde Guerre Mondiale n’est pas un garant de la justice, mais une structure qui n’a pas réussi à démanteler la domination coloniale, la hiérarchie raciale et l’exploitation économique. Gaza a été au centre de cette prise de conscience.
Des poches de résistance émergent dans les pays qui subissent encore les conséquences de l’exploitation coloniale, mais aussi en Occident, où des représentants d’anciennes colonies ou des descendants de peuples opprimés revendiquent leur appartenance et leur autonomie. Des manifestations au Bangladesh et au Népal aux campements d’étudiants en Afrique du Sud, en passant par les manifestations contre le génocide israélien de Londres à New York, la résistance contre l’oppression coloniale et postcoloniale et pour l’émancipation prend de l’ampleur.
Les gouvernements du Sud Global remettent également en cause le statu quo de manière plus explicite et ont commencé à organiser des sphères diplomatiques alternatives (BRICS, Organisation de coopération de Shanghai, Groupe de La Haye, etc.) loin des perspectives et des pratiques centrées sur l’Occident.

C’est à nous de continuer à redéfinir ces paramètres pour nous assurer qu’ils reposent sur la justice et la dignité.

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